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Déchets nucléaires : Beaucoup moins de recyclage qu’annoncé officiellement
Ajouté le 01 Septembre 2010

Areva et EDF annonçaient un taux de recyclage des déchets nucléaires de 96%, ce dernier n’était jusqu’à fin 2009 que de 12%, 17% sont prévus en 2010. Pour faire mieux, il faudra attendre 2040 et la mise en service des réacteurs de 4e génération.
C’est ce qu’explique le Haut comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire qui a publié un avis le 13 juillet.
Un taux de recyclage des combustibles nucléaires usés beaucoup plus bas qu’annoncé officiellement, une transparence très relative, telles sont les principales conclusions de l’avis du Haut comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire rendu public mardi 13 juillet « sur la transparence de la gestion des matières et des déchets nucléaires produits aux différents stades du cycle du combustible ». Ce rapport avait été diligenté par le ministère de l’écologie, de l’énergie, du développement durable et de la mer, ainsi que par l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et techniques, chacun ayant saisi le Haut comité suite à la diffusion sur Arte en octobre 2009 d’un reportage démontrant qu’Areva expédiait vers la Russie une partie de son uranium destiné l’enrichissement.
Un taux de recyclage de 12% et non de 96% Première surprise, alors qu’Areva et EDF affichaient jusque-là un taux de recyclage de 96%, le Haut comité estime qu’en réalité ce dernier est beaucoup plus faible qu’annoncé, se situant jusqu’en 2009 à 12%. « En France, le recyclage des matières issues du traitement des combustibles usés (uranium et, surtout, plutonium2) permet une économie d’uranium naturel estimée à 12% ; cette économie d’uranium naturel devrait croître à partir de 2010 pour passer à 17% », détaille le rapport. Cette différence d’appréciation provient de la prise en compte par les deux groupes industriels du combustible « recyclable », et ça fait une différence.
En effet, le « recyclable », au contraire du « recyclé » qui peut être immédiatement réutilisé comme combustible, est constitué d’uranium appauvri et de déchets qui pourront être valorisés au mieux à partir de 2040, par des réacteurs de 4e génération dont la première version expérimentale est prévue pour le début des années 2020.
Un stock de 450 000 tonnes en 2040 La hausse de 5 points prévue pour 2010 provient de « l’augmentation du nombre de réacteurs utilisant des combustibles fabriqués à partir d’uranium appauvri et de plutonium » qui est passé de 20 à 22 ainsi que de celle « du nombre de réacteurs utilisant des combustibles fabriqués à partir d’uranium de recyclage » passé de 2 à 4. Mais, les possibilités d’adapter les réacteurs actuellement en service à l’usage de ces combustibles étant limitées, il faudra continuer de stocker l’uranium appauvri dans l’attente des réacteurs de 4e génération. Le stock à l’horizon 2040 est estimé à 450 000 tonnes.
Une communication opaque Produisant un rapport détaillé sur l’analyse du cycle de vie du combustible nucléaire, le Haut comité s’est penché sur la question qui a déclenché son travail organisé avec un groupe de travail constitué des représentants des industries concernées et des associations écologistes : le transport de l’uranium vers la Russie. Il a « constaté que l’information sur ce sujet n’avait pas de caractère secret » mais souligne que si « l’existence des flux de matières et de déchets produits et des flux de matières importés et exportés n’était pas couverte par le secret, l’importance de ces mouvements et les quantités précises des diverses matières mises en jeu n’étaient pas accessibles avant ce rapport du Haut comité ».
Il ajoute également « que les informations et les documents traitant de ces sujets, même s’ils sont librement accessibles au public via Internet, sont difficiles d’accès pour le grand public » et que « certains éléments de communication des exploitants nucléaires ont pu donner lieu à interprétation sur l’existence d’un cycle dans lequel toutes les matières issues du traitement des combustibles usés étaient immédiatement et en totalité recyclées ».
Les réserves des associations Il estime qu’en conséquences « l’information destinée au grand public doit être aisément accessible et compréhensible », et recommande de distinguer, les déchets radioactifs, les matières immédiatement valorisées et celles entreposées en attendant la 4e génération. Cependant, les associations restent sur leur faim. FNE, Greenpeace, ACRO, ANCCLI, ont exprimé leurs « réserves » ajoutant que ce rapport était "basé sur une démarche positive mais perverti par les industriels".Pour elles, le taux de recyclage réel serait encore bien inférieur à celui indiqué dans le l’avis du Haut comité.
Pierre Magnetto
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